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Interview de Anne Garans et Philippe Arnaud  : Senior Manager et Associé KPMG

Anne Garans et Philippe Arnaud

Senior Manager et Associé KPMG

Quelles étapes clés en matière de communication et de reporting développement durable ?

Publié le 16 Juin 2010

Entre 2003 et 2009, la proportion de groupes du SBF 120 présentant des informations qualitatives et quantitatives liées au développement durable dans un rapport est passée de 65% à près de 95%. Cette forte progression illustre à quel point la communication dans ce domaine est devenue incontournable vis-à-vis des parties prenantes de l’entreprise. Cet exercice mérite de s’attarder sur les points clés pour communiquer efficacement et durablement.

Pourquoi mettre en place une démarche et une communication développement durable ?
La création de valeur de la part d’une entreprise dépend notamment des relations établies avec ses parties prenantes. La capacité d’une entreprise à communiquer de manière efficace avec celles-ci est donc essentielle à sa pérennité et à sa croissance à long terme. La mise en place d’une démarche et d’un reporting développement durable présente ainsi de nombreux avantages, tels que la possibilité d’agir de manière transparente, de sensibiliser et motiver ses employés ou encore d’acquérir un avantage compétitif.
Pour les parties prenantes, la publication de rapports de développement durable – qu’ils soient mis en ligne ou en version papier – offre une base de comparaisons entre les entreprises, permettant d’évaluer leurs performances, leur choix de référentiel, leur stratégie ou encore les politiques menées. Aussi, le reporting est un outil précieux pour le suivi des performances d’une entreprise sur le long terme et le pilotage de la politique mise en œuvre.

Définir les objectifs de la communication
A l’heure de définir ou revoir leur stratégie de communication des performances de développement durable, la plupart des entreprises sont confrontées à deux défis :
• Elaborer une démarche qui permette de communiquer des données et des informations adaptées aux parties prenantes ciblées,
• Mettre en évidence les enjeux de développement durable pour la pérennité de l’entreprise.
C’est pourquoi il est impératif de définir précisément les objectifs de la démarche de communication développement durable.
Il s’agit en effet d’établir à quelle audience l’entreprise souhaite s’adresser. Il existe pour cela toute une palette d’outils qui permettent d’identifier les parties prenantes et de les hiérarchiser selon leur importance stratégique.
Puis, l’entreprise doit déterminer quels résultats elle compte tirer de la mise en place d’une démarche de communication : comment l’entreprise souhaite-t-elle se positionner ? Cherche-t-elle à améliorer sa réputation à court terme ? A-t-elle l’intention d’améliorer sa gestion des risques ? (cf. illustration ci-dessous).
Planifier la démarche de communication et de reporting
Une fois ses objectifs définis, l’entreprise est à même de mettre en place un reporting qui aboutira à la publication de supports de communication adaptés. Quels sont les outils et étapes indispensables à cette démarche ?
Tout d’abord, la définition des rôles et responsabilités des contributeurs est essentielle pour structurer l’organisation et le pilotage de la démarche développement durable. L’implication des dirigeants, élément moteur de la démarche et indicateur du niveau d’engagement de l’entreprise, crédibilise la démarche aussi bien en interne qu’en externe.
Ensuite, au-delà d’un simple suivi de la réglementation relative au reporting, diverses normes et lignes directrices, comme celles de la GRI constituent un cadre pour l'élaboration du reporting développement durable. Ces lignes directrices précisent que le reporting développement durable « consiste à mesurer la performance d’une organisation en matière de développement durable, à en communiquer les résultats puis à en rendre compte aux parties prenantes internes et externes ».
Ainsi, les éléments suivants apparaissent comme incontournables dans un rapport développement durable:
• Stratégie
• Organisation
• Méthodologie de reporting
• Gouvernance et engagements
• Plan d’actions
• Indicateurs clés de performances
L’élaboration d’un test de matérialité permet d’évaluer de manière transparente et rationnelle les sujets qui doivent être abordés dans le rapport de développement durable. Le test matérialité repose sur l’identification des risques et opportunités relatifs à l’entreprise. Enfin, en établissant le niveau d’importance de chacun, il est possible de hiérarchiser les enjeux du groupe.
 Les sujets considérés comme critiques sont identifiés parmi :
• Les facteurs externes tels que les réglementations, les lois ou accords ayant une importance stratégique pour l’entreprise ou les principaux sujets soulevés par les parties prenantes, etc.
• Les facteurs internes tels que les risques principaux s’appliquant à l’entreprise, mais aussi les éléments de la stratégie, les systèmes de management opérationnel, les objectifs clés de l’entreprise, etc.

Lien avec la communication financière
On assiste à un alignement progressif du reporting développement durable avec le reporting financier, avec notamment la publication de rapports annuels et de développement durable dans les mêmes délais.
L’intérêt de la part des analystes financiers et des marchés pour les informations liées au développement durable entraîne également un besoin croissant d’appliquer dans ce domaine la même rigueur de collecte et de consolidation des données que dans le domaine financier. Pour davantage de crédibilité, certaines entreprises font donc le choix de faire vérifier leurs données développement durable publiées.

Se faire vérifier
Un nombre croissant d’entreprises estime que la vérification de leur reporting développement durable par un tiers externe est un gage de transparence et de crédibilité pour leurs parties prenantes.
On observe en France un attrait pour la vérification par un tiers externe notamment parmi les entreprises du CAC 40, alors que cette pratique reste moins développée pour les entreprises plus petites. Ainsi, entre 2003 et 2009, le pourcentage d’entreprises du CAC 40 se faisant vérifier est passé de 31 à 75%, alors que sur la même période le chiffre croissait de 12 à 29% pour les entreprises du SBF 120 .

Conclusion
En suivant une méthodologie claire qui s’appuie sur différents leviers auxquels l’entreprise a accès, relevant de la stratégie, des enjeux, du reporting, de la transparence et de l’accès à l’information, les entreprises peuvent mettre en place une communication efficace, source de valeur ajoutée pour elles-mêmes et pour leurs parties prenantes.
Dans un souci d’amélioration continue, les entreprises devraient encourager leurs parties prenantes à faire part de leur réaction suite à la publication de leur rapport développement durable. Cette démarche permet en effet d’identifier des éléments qui pourraient être apportés à la communication, de mieux appréhender l’image de l’entreprise auprès de ses parties prenantes, mais aussi d’apporter des pistes quant au format de reporting ou aux supports de communication les plus appropriés dans le futur.

imen